La chatte Mistoufle

Extrait de "Les Mots de François Mitterrand", Michel Lafon, 1996.

Avant-veille du second tour [………]

Comme à chaque veillée d'armes, Roger canin est là. Il est le seul à pouvoir dégeler l'atmosphère, quelles que soient les circonstances. François Mitterrand, au dîner, demande à Roger de raconter l'histoire de la chatte Mistoufle. 

Et Roger aussitôt, la poitrine dilatée, les bras en moulinets, la voix forte et l'accent pataouète, commence :

- C'est l'histoire d'un brave père de famille, là-bas, chez nous, à Babel-Oued, qui rentre à la maison et trouve sa famille réunie. L'un des gosses se précipite et dit : - Papa, oh ! Papa ! La chatte Mistoufle, elle est tombée du toit, et elle est raide morte ! - Quoi, monfils ! répond le père en joignant les mains sur son cœur, en chancelant, en se frappant la poitrine, c'est comme ça que tu m'annonces ça ? Et vous autres, qui me rengrenez ! mais comment ai-je fait pour engendrer des enfants pareils ? Des brutes !  Des sans-cœur, voilà ce que vous êtes ! Vous vous rendez compte que vous pouviez me tuer !

Le père va s'asseoir, se tire les cheveux, agite la tête. Ah ! purée de nous autres !

- Ecoutez-moi, bande de voyous.Je vais vous expliquer, moi, comment, lorsqu'on est des enfants aimants et sensibles, on doit annoncer une pareille nouvelle à son père. D'abord, on n'a l'air de rien. On le fait asseoir, on lui offre le pastis. Et puis, quand il a bu une grosse gorgée et qu'il se sent détendu, on lui dit gentiment : tu sais, papa, notre petite chatte Mistoufle... tu fais qu'elle aime bien se promener...alors justement,, cet après-midi, elle a grimpé le long de la gouttière... Progressif, mes enfants, progressif ! En douceur, du doigté... et comme ça, petit à petit, la chatte se retrouve sur le toit...et moi, je m'habitue... Allez, bande de mulets, disparaissez, laissez-moi à mon chagrin...

Quinze jours plus tard, Mistoufle est enterrée, le père de famille après une tournée commerciale revient chez lui. Il ouvre la porte, et trouve tout le monde souriant.

- Papa ! Papa ! Tu veux un pastis ?

On le fait asseoir, il boit une grande gorgée, puis le verre entier. Lorsqu'il est bien détendu, l'un des amis s'approche, et d'une voix innocente :

Au fait, papa... tu sais, la grand-mère... tu sais qu'elle aime bien se promener... Alors, justement hier...

Succès garanti. Chaque fois que Roger raconte cette histoire -  et cela fait plus de trente ans que cela dure -, François Mitterrand rit aux larmes. cette fois, comme les autres, il étouffe de rire, puis annonce que lui aussi va en raconter une :

- Oh... vraiment... je ne saurais trop m'avancer, hein ?... Et je n'ai pas le formidable accent de Roger, mais c'est l'histoire d'un responsable des renseignements généraux giscardien qui reçoit un coup de téléphone d'un de ses collègues socialistes qui commence ainsi : "Au fait, cher ami... Giscard, vous savez comment il aime se promener... eh bien, justement, après-demain..."

10 mai au soir,

La victoire est officielle [...]

(PP 39-41)

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