CHAGRINS

Un peu de souvenir de Minette dans cette fleur

Par Frédérique Hébrard

Toute petite j'avais eu des chats. Je me souviens surtout de ma première chatte, Minette. de toute sa vie. De son mariage avec un prince russe, un vrai, un angora bleu, pur sang, nommé Rouslane. Je me souviens de sa mort aussi. "Un cri déchirant de Rosalie : Minette était morte.

 C'était donc ça la mort ? ce silence, cette immobilité d'un petit être qui avait été une partie de ma vie ? Ce regard fixe et sans fond (Je devrais peut-être lui fermer les yeux ?). Mais j'ai peur Minette. J'ai peur de ce que tu es devenue, j'ai peur de tomber dans le vide de tes prunelles éteintes. Je n'ose pas te toucher… Rosalie dit : – Elle est encore tiède, et cela me fait frissonner parce que je comprends. C'est fini. On ne jouera plus jamais ensemble, il n'y aura plus de papier au bout d'un ruban, il n'y aura plus de câlins et de ronrons dans mon lit du dimanche matin, il n'y aura plus de mariage avec des Russes bleus, plus de petits dans la corbeille, plus de vol d'hirondelles dans l'écran de la fenêtre au printemps. Je pleure pour mes premiers adieux… Ce n'est qu'un chat, c'est un chat. C'est Le Chat.

Maman et moi, nous avons enterré Minette dans le bout du jardin... J'avais beaucoup pleuré et mamam avait été très gentille et m'avait dit qu'il ne fallait pas être triste parce que Minette retournait au grand Tout, et que, chaque fois que je cueillerais une fleur, il y aurait un peu du souvenir de Minette dans cette fleur. J'avais trouvé ça si beau que j'avais sangloté."

Le chagrin d'une petite fille

Par Nicole Lauroy dans ATOUT CHAT (M1118)

Elle s'appelait Kelly. C'était une jolie petite chatte noire avec un plastron blanc qui adorait baguenauder et chasser dans les champs proches de son village de Charente. Le reste du temps, elle jouait avec Marie, sa petite maîtresse de 11 ans et la nuit s'endormait près d'elle. La vie coulait, douce et bonne. Jusqu'à ce jour de juillet, temps des moissons où Kelly comme à l'accoutumée est allée traquer souris et campagnols là où les foins étaient coupés.

Ce soir-là, le 7 juillet, Kelly ne saute pas à son habitude sur le rebord de la fenêtre quand marie l'appelle pour lui donner son dîner. La petite fille l'entend seulement miauler et, inquiète, dit à ses parents "Je vais voir ce qui se passe." Non loin de là, une vision horrible : Kelly, les deux pattes de droite broyées par une faucheuse gît dans son sang. "Je me suis mise à crier, ma sœur est arrivée et a appelé mon père. Puis ma mère et ma sœur sont parties chez le vétérinaire. La pauvre Kelly souffrait beaucoup.", écrit Marie. Le vétérinaire déclarera que la petite chatte pouvait être sauvée en l'amputant des deux pattes mais qu'elle resterait si gravement handicapée que la solution la plus humaine était de l'euthanasier". Alors, on a préféré la faire piquer, mais cette petite chatte, tout le monde l'adorait." Bouleversée par le drame et révoltée, Marie décide de prendre la plume. De sa belle écriture ronde et appliquée de petite fille sage, elle rédige une lettre à l'intention de Monsieur Le Pensec, Ministre de l'Agriculture. Sa main ne tremble pas et il n'y a pas une seule faute d'orthographe. Marie est déterminée : "Je voudrais savoir si on peut mettre un objet sur les faucheuses ou regarder s'il y a un animal dans l'herbe avant de faucher."

Et Marie poursuit : "Le cousin de ma mère qui est agriculteur m'a dit qu'en Allemagne on utilise des chaînes ou des grelots qui font du bruit devant les faucheuses. est-ce qu'il serait possible de faire pareil en France pour sauver les animaux ? Je vous remercie d'avance. Je pense toujours à ma petite Kelly et je voudrais bien que d'autres animaux ne meurent pas comme elle."

Difficile de rester insensible à la peine de Marie. En lisant la copie de la lettre qu'elle a adressée à M. Le Pensec, j'avais les larmes aux yeux. Combien de chats, combien de lapins, belettes, renards et même couvées d'oiseaux victimes chaque été des machines infernales des hommes ? des milliers de petites vies déchiquetées par méconnaissance ou indifférence. Des milliers de petites vies de rien du tout mais dont la capacité de souffrance égale certainement la nôtre. A partir du moment où un mal peut être évité, il devient intolérable.

Puisque des solutions peu onéreuses existent, qu'attend-on pour s'inspirer de l'exemple de l'Allemagne ? La balle est maintenant dans le camp du du ministre de l'Agriculture. Un ministre peut-il être sensible au chagrin d'une petite fille ? A ce jour M. Le Pensec n'a pas répondu.

A l'heure où nous recopions ce texte (6/11/18), il semblerait que des progrès se dessinent pour la sauvegarde des gibiers ... à la demande d'un lobby de chasseurs ...

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