L'abbé Delille (1738-1813), célèbre sa chatte RATON

On peut retrouver le texte intégral dans notre anthologie parue en 2012 Les chats de noble compagnie, Anthologie littéraire du XVIIIe siècle

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[…] Ô toi dont La Fontaine eût vanté les attraits,
Ô ma chère Raton ! Qui, rare en ton espèce,
Eus la grâce du chat et du chien la tendresse,
Qui, fière avec douceur et fine avec bonté,
Ignoras l'égoïsme à ta race imputé ;
Là je voudrais te voir telle que je t'ai vue,
Affectant l'air distrait, jouant l'air endormi,
Épier une mouche, ou le rat ennemi […]


A la mémoire d'une chatte naine que j'avais

Ô mon beau chat frileux, quand l'automne morose
Faisait glapir plus fort les mômes dans les cours,
Combien passâmes-nous de ces spleeniques jours
À rêver face à face en ma chambre bien close.

Lissant ton poil soyeux de ta langue âpre et rose
Trop grave pour les jeux d'autrefois et les tours,
Lentement tu venais de ton pas de velours
Devant moi t'allonger en quelque noble pose.

Et je songeais, perdu dans tes prunelles d'or
- Il ne soupçonne rien, non, du globe stupide
Qui l'emporte avec moi tout au travers du Vide,

Rien des Astres lointains, des Dieux ni de la Mort ?
Pourtant !... quels yeux profonds !... parfois... il m'intimide
Saurait-il donc le mot ? - Non, c'est le Sphinx encor.

Jules Laforgue